Quelques tissages sur 8 et 16 cadres

Je suis toujours dans les tissages… voici quelques autres réalisations en enfilage « été-hiver » sur mon métier à 8 cadres.

On dit « été-hiver » parce que le tissu obtenu est – théoriquement – réversible, et les couleurs sont inversées selon le sens. Par exemple ici, sur l’envers, les cœurs sont crèmes sur fond rouge.

Je dis en théorie parce que certains motifs complexes n’ont pas réellement d’envers.

A gauche donc, une serviette avec une frise de cœurs en coton mercerisé, et tissage uni en coton flammé, ça donne du « corps » et absorbe mieux.

Des cœurs pour une serviette

D’autres serviettes et essuies. L’enfilage « été-hiver »  est de type bloc, il permet d’obtenir une grande variété de motifs, on ne se soucie pas de risques de flottés puisqu’il n’y en a pas. Il est assez facile de concevoir ses propres motifs, surtout si l’on a beaucoup de cadres…

Quelques serviettes en enfilage été-hiver

Les deux petits derniers de ma fournée été-hiver, j’avais monté une chaîne de 6 m et j’ai obtenu 6 serviettes différentes. J’ai varié les couleurs et les textures de fonds, les motifs, je ne me suis pas ennuyée à tisser ces serviettes !

Des fleurettes

J’ai découvert le tissage du fil chenille, j’aime vraiment le rendu, mais ce n’est pas des plus faciles à tisser. Ici une écharpe en tissage type « shadow weave » en anglais, on pourrait dire « ombré » en français.

Echarpe en velours

L’écharpe ci-dessus était une sorte d’échantillon pour un projet un peu plus conséquent, de coussins. Même motif mais couleurs différentes.

Le tissu des coussins est donc tissé, mais les machines à coudre n’étaient pas opérationnelles jusqu’ici dans le futur atelier, pour que je puisse les terminer.

Projet de coussin en chenille

Mon tissage en cours, pratiquement terminé, un torchon en sergé.

Torchon en sergé

Et puis pour terminer, un enfilage simple sur mon métier à 16 cadres, qui va me permettre de varier les motifs pour une série de serviettes de table. Chaque duite est longue car je dois lever les cadres à la main (ils sont trop nombreux pour que le métier ait des pédales), et je ne dois pas m’emmêler dans la séquence du motif. Donc, comme en tricot, je note chacun de mes « rangs » (ou duites), et j’ai un compte-rang pour ne pas me perdre.

Etoiles sur 16 cadres

Tissage du lin, suite

Mon tissu en lin est « sorti » du métier, lavé, repassé (à peu près, en ce qui concerne ce genre de tâche ménagère, j’ai deux mains gauches…).

Lin et fleurs lavé

Tissage en lin avec fleurs en laine une fois lavé

La laine n’a pas rétréci plus que nécessaire, elle ne déforme pas le lin, ce qui est une bonne chose, et c’est très concluant, je vais pouvoir continuer à mélanger les matières en trame sans que ça ne pose de problèmes.

Je m’étais aussi amusée à former un motif à l’attachage un peu plus complexe, qui m’a occasionné quelques réflexions pour arriver à le faire sur mon métier, car l’attachage comportait 18 séquences différentes alors que mon métier n’a que 10 pédales, et je ne peux lever les cadres à la main. Deux tisserands du forum filage m’ont bien aidé pour résoudre mon problème (merci Paul et Betty), et Cher&tendre m’a soumis l’idée géniale de cales qui maintenaient mes pédales en position basse dans certains moments délicats où mes deux pieds ne suffisaient plus pour lever 7 cadres ensembles.

Lin lavé avec motifs coeurs

Motifs scandinave laine et lin

J’aime beaucoup le contraste entre la couleur neutre du lin non-blanchi, et la couleur vive des motifs. Par contre, je ne suis pas totalement satisfaite du rendu de la toile de lin. Je la trouve, ben je sais pas comment, mais je ne l’aime pas.

Si mon dernier motif complexe rouge peut paraître joli, il est un peu déformé en hauteur, il n’est pas « carré » mais « rectangle » et je pense que le problème vient de la densité de fils au cm. J’aurais dû tisser avec 8 fils au cm, et non 10, comme dans un premier échantillon que j’avais réalisé avant de me lancer.

Essai de tissage de lin

Essai de tissage de lin, densité 8 fils au cm.

Cet échantillon est bien « carré », les étoiles ressortent très bien, il me plaît beaucoup (même s’il est un peu froissé :D)

Sauf que voilà, autant j’arrivais à tasser correctement pour mon échantillon, autant je n’ai pas réussi pour ma pièce grandeur nature. J’avais donc dû changer de densité en cours de route, c’était mieux, mais une fois lavé, je pense que j’aurais dû perséverer dans le 8 fil au cm.

En tout cas j’ai appris plusieurs choses avec ce tissage :

  1. j’aime les tissus fin
  2. il me faut une ensouple sectionnelle pour les fils fins, j’aurais moins de mal à installer ma chaîne
  3. je n’ai plus « peur » d’enfiler 500 fils de chaîne
  4. j’aime le lin…
  5. j’aime aussi vraiment tisser même si je peut rester des mois sans toucher à mon métier.

Avant d’attaquer le tissage du lin, j’avais un tissu en cours sur le métier :

Tissu de coton

Gros tissage de coton, 4 fils au centimètre

Et maintenant, je rêve de linge de maison en coton, avec des moutons en motifs dessus, ça va venir, ça va venir…. il me manque juste le coton fin qui ne saurait tarder maintenant.

Indigotier et pastel : teinture à la cuve

Du bleu, du bleu, du bleu, le pastel et l’indigotier sont les incontournables des teintures végétales, pour le bleu solide qu’ils procurent.:king_tb:

Ce sont deux plantes contenant de l’indigotine, un pigment bleu. Le Pastel, Isatis tinctoria, pousse dans toute l’Europe, tandis que l’on ignore l’origine de l’indigotier, indigofera tinctoria, plante des régions chaudes, parce que sa culture est trop ancienne (plus de 4000 ans !).

Je me suis d’abord entraînée à teindre avec l’indigo, avant d’oser essayer le précieux pastel.

Différence de tonalités entre indigo (en haut) et pastel (en bas). De gauche à droite : laine, mohair et soie.

Différentes fibres teintes avec de l’indigo : de gauche à droite coton, bambou et laine en bas. Puis mohair et alpaga au centre. Et enfin soie maubère, soie tussah et lin en haut.

Différentes fibres teintes avec du pastel : à l’extrême gauche, coton. Puis en haut, de gauche à droite : angora, alpaga, ramie (à l’extrême droite). En-dessous de gauche à droite : laine, mohair, soie maubère et protéine de lait (presque blanche, dernier bain de teinture quasimment épuisé).

La méthode de teinture avec l’indigo et le pastel, diffère de celle habituellement utilisée avec les autres teintures végétales. Ce sont des « colorants de cuve », et il n’est pas nécessaire de  mordancer la fibre. L’indigo (c’est à dire le pigment bleu, contenu dans l’indigotier et le pastel), sous sa forme en poudre, n’est pas soluble dans l’eau et ne peut donc imprégner les fibres.
La « cuve » consiste à « réduire » (à rendre soluble) l’indigo dans l’eau, en milieu anaérobie (sans air) et basique. Une fois réduit, l’indigo devient jaunâtre. On parle de  « cuve » parce qu’autrefois, on faisait cette opération dans une cuve en bois ou en émail, et non dans un chaudron en métal. Il n’y a pas besoin de chauffer à plus de 50°C la cuve de teinture. Une fois les fibres imprégnées de la solution d’indigo réduite, l’air en oxydant à nouveau l’indigo, révélera sa couleur bleue.

La procédure de teinture, sans être complexe, nécessite toute de même des précautions car elle fait intervenir des produits agressifs, l’hydrosulfite qui est un « réducteur », et la potasse, une « base ». Il est important de travailler avec des gants et des lunettes de protection, dans une pièce bien aérée.
Cependant, c’est si gratifiant de voir l’indigo, comme par « magie », s’oxyder à l’air et reprendre sa magnifique couleur bleue, que ces mises en garde ne doivent pas vous arrêter pour vous lancer à votre tour dans l’aventure.

Voici en images, la recette de la teinture à la cuve, ici avec du pastel, mais c’est rigoureusement la même chose avec l’indigo, qu’il soit naturel ou de synthèse. Cette méthode est un mix entre plusieurs que j’ai pu trouver dans des livres et sur internet, elle s’appuie essentiellement sur la méthode décrite par Dominique Cardon dans son ouvrage « le monde des teintures naturelles ».

Pour teindre environ 600 à 700 grammes de fibres, vous aurez besoin de :

  • 2 pots en verre avec leur couvercle
  • 1 grand récipient de 5 à 10 litres en émail ou inox
  • 10 grammes d’indigo ou de pastel
  • 10 grammes d’hydrosulfite
  • 20 grammes de carbonate de potassium, ou carbonate de soude
  • un peu d’alcool (à brûler par exemple) pour diluer la poudre
  • de l’eau chauffée à 50°C
  • sans oublier de vous protéger avec des gants et des lunettes, et de travailler dans un local aéré.

Recette :

Dans le premier bocal destiné à la « cuve-mère », diluez 10 grammes de pastel avec un peu d’alcool à brûler. Le mélange doit être bien homogène.
Dans le deuxième bocal rempli d’eau à 50°C (l’eau devra pouvoir remplir le premier bocal, n’en mettez donc pas trop), diluez 20 grammes de carbonate de potasse (versez TOUJOURS le carbonate de potasse dans l’eau, jamais l’inverse) et 10 gramme d’hydrosulfite. Mélangez puis fermez ce bocal et attendez 10 mn le temps que l’hydrosulfite supprime l’air contenu dans l’eau.

Versez ensuite le bocal contenant l’eau additionnée de potasse et d’hydrosulfite, dans le bocal de la « cuve-mère ». Fermez et laissez « agir » la préparation en la maintenant à 50°C. Le pastel va amorcer sa solubilisation dans l’eau…

Pendant ce temps-là, profitez-en pour faire tremper vos fibres, écheveau, tissu… dans de l’eau chaude additionnée de liquide vaisselle, lessive…

Préparez également votre bain de teinture. Remplir le grand récipient d’eau, ajoutez-y un peu d’hydrosulfite, et amenez l’eau à 50°C. Attendre 10 mn que celui-ci ait supprimé l’oxygène. Maintenez la température.

Au bout d’environ 30 mn, le pastel est réduit. Le liquide est devenu jaune-verdâtre, une pellicule s’est formée sur le dessus, et une odeur bien particulière s’en dégage.

Versez doucement tout ou partie de la « cuve-mère » dans le bain de teinture en évitant de faire des bulles. Le liquide doit être jaunâtre et translucide, signe que le pastel (ou l’indigo) est sous sa forme réduite, et donc soluble.

Et c’est là qu’on commence vraiment à s’éclater. Trempez délicatement les fibres humides dans ce bain de teinture en évitant de faire des bulles. Laissez-les patauger et s’imbiber de pastel pendant 5 à 10 mn.

Retirez-les du bain de teinture délicatement, essorez.

Immédiatement, sous l’action de l’air, la couleur passe du jaune au bleu.

Laissez égoutter et admirez la couleur qui vire. Puis rincez dans de l’eau additionnée de vinaigre pour neutraliser l’alcalinité.

Vous pouvez utiliser votre bain plusieurs fois, jusqu’à ce qu’il soit épuisé et qu’il ne teigne pratiquement plus. Entre chaque fournée, je saupoudre la surface de l’eau d’un peu d’hydrosulfite, pour m’assurer d’avoir toujours un milieu exempt d’air.

C’est comme cela qu’avec 10 grammes de la précieuse poudre de pastel, je me retrouve à la tête d’à peu près 600 gr de fibres teintes dans un bleu divin : mérinos, mohair, soie, coton, alpaga, ramie, angora et même protéines de lait.

C’est un choix délibéré pour moi de teindre en toison. Mais vous pouvez parfaitement teindre de la laine déjà filée, et même du tissu (écharpe en soie, tissu de coton, lin, laine…)

On teint en Europe avec le pastel depuis le néolithique, en Egypte depuis les pharaons. L’indigo, synthétisé en 1878, donne sa couleur aux jeans. Avant l’invention de l’hydrosulfite en 1871, on faisait des cuves d’indigo ou de pastel par fermentation, le processus durait plusieurs jours.

Pendant ce temps-là, profitez-en pour faire tremper vos fibres, écheveau, tissu… dans de l’eau chaude additionnée de liquide vaisselle, lessive…

Préparez également votre « cuve » de teinture. Remplir le grand récipient d’eau, ajoutez-y un peu d’hydrosulfite, et amenez l’eau à 50°C.